28 août 2026 · Tlhogi Mokoena
Fusariose TR4 : un bananier réunionnais face à la menace d'un champignon dévastateur
Un agriculteur réunionnais dépendant à 90% de la banane redoute l'arrivée imminente du TR4.
Gilbert Bafinal cultive ses bananiers à la Ravine des Cabris depuis des années. Quatre-vingt-dix pour cent de ses revenus reposent sur ce seul fruit. Si la fusariose Tropical Race 4 s'installe à La Réunion, il ne sait pas vers quoi se tourner.
Le champignon, connu sous le sigle TR4, n'a pas encore été confirmé sur l'île. Mais il progresse dans la région à un rythme qui inquiète les professionnels de la filière. Détecté au Mozambique dès 2013, il a ensuite atteint Mayotte en 2019, puis la Grande Comore en 2023. Madagascar est également concernée. La Réunion reste pour l'instant épargnée, sans que cela signifie une mise à l'abri définitive.
La menace est d'autant plus pressante que les cultures réunionnaises reposent quasi exclusivement sur la Grande Naine, une variété jugée particulièrement vulnérable au TR4. À l'échelle mondiale, le cultivar Cavendish, cible principale du pathogène, représente plus de 40 % de la production mondiale de bananes et environ 99 % des exportations. Une propagation incontrôlée toucherait donc bien au-delà des champs réunionnais.
La chercheuse Isabelle Robène, du Cirad, explique le mécanisme de la maladie avec précision. Le champignon pénètre par le système racinaire, envahit progressivement les vaisseaux conducteurs de la plante, et ses spores peuvent survivre indéfiniment dans le sol. Aucun traitement chimique ne permet de l'éradiquer. Une fois installé, le pathogène est impossible à déloger.
Ce qui rend la situation particulièrement délicate à La Réunion, c'est la perméabilité des échanges entre îles de l'océan Indien. Éric Lucas, chargé de mission diversité à la Chambre d'agriculture de La Réunion, indique que des soupçons ont été relevés sur le territoire, sans qu'aucun cas n'ait été confirmé à ce jour. Il déconseille formellement de ramener des boutures ou des plants en provenance de zones touchées, quelle que soit la destination finale du végétal.
Les douanes de La Réunion ont enregistré 157 constatations d'introductions illégales de végétaux en 2025. Environ 20 % provenaient de Mayotte, parfois via des produits originaires des Comores. Les vols en provenance de Mayotte font désormais l'objet d'un suivi renforcé. Le cadre juridique existe depuis longtemps : un arrêté préfectoral du 24 avril 2017 interdit l'introduction de matériel végétal frais sans formalités phytosanitaires préalables. Les contrevenants s'exposent à jusqu'à trois ans d'emprisonnement et à une amende équivalente au double de la valeur des marchandises saisies.
Du côté de la surveillance, une cinquantaine de parcelles sentinelles sont suivies par la FDGDON dans le cadre d'un dispositif piloté par la Daaf. Le Cirad a développé un test de détection rapide utilisable directement sur le terrain, ce qui représente un avantage opérationnel concret pour les agents chargés du contrôle. Tout résultat positif devra être confirmé par l'Anses Réunion avant toute décision de gestion.
La question qui demeure ouverte est celle de la capacité de la filière à absorber un choc que ni la chimie ni l'arrachage ne peuvent résoudre une fois le sol contaminé. Pour des producteurs comme Gilbert Bafinal, dont l'avenir économique tient à une seule variété dans un archipel entouré de foyers actifs, l'enjeu dépasse largement la quarantaine phytosanitaire.